Dimanche des Rameaux : "Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur "

« Cette maladie est pour la gloire de Dieu. Afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié ».

Dans le contexte actuel de la crise sanitaire que nous traversons, certains d’entre vous pourraient sans doute être choqués par cette injonction. « Cette maladie est pour la gloire de Dieu ». Mais l’Evangile le dit après coup : le Christ peut, à travers la souffrance de l’homme, apporter une fécondité, celle de la gloire de Dieu, et nous avons tous expérimenté la fécondité que peut apporter une difficulté lorsqu’il nous arrive à nous aussi d’être frappés, après coup. Si cette pandémie qui rode autour de nous n’a certainement pas été voulue par Dieu, du moins... a-t-elle été sans doute permise par Lui. En effet, souvenons-nous de Job dans ses épreuves qui avaient reçu la bénédiction divine : « Soit ! dit Yahvé à Satan ; tout ce qu’il (Job) possède est en ton pouvoir ! » (Job, 1, 12).

Nous voilà donc assujettis comme Lazare en son tombeau à être « confinés »... Mais comme Lazare l’a expérimenté, il n’y a que la Vie qui triomphera de l’épreuve que nous traversons actuellement. Et si la plus courte phrase que nous pouvons trouver dans l’Ecriture Sainte, à savoir « Jésus pleura » (Jean, 11, 35), c’est pour nous affirmer qu’Il est la résurrection (Jean, 1, 25).

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En effet, grâce à Lazare, le Messie nous révèle qu’il est la Résurrection et la vie, « Celui qui croît en moi, même s’il meurt, vivra ». Cette résurrection de Lazare, nous dit saint Jean, a permis à beaucoup de Juifs de croire en Jésus, Fils de Dieu. Elle a permis aussi à Marthe de passer du savoir à la foi. A la fin, nous avons l’assurance qu’Il a le pouvoir de nous sauver de cette mort par laquelle il nous faut passer, et cela en nous ressuscitant. « Celui qui croit même s’il meurt vivra. Et quiconque vit et croit en moi ne mourra pas à jamais. »

En un mot, le Sauveur nous enseigne que nous tous en tant qu’humains, nous devons passer par la mort, mais grâce au Christ, nous ne serons pas abandonnés à tout jamais dans cette mort, nous ressusciterons. « Crois-tu cela ? », dit-il à Marthe. Voilà l’objet de notre foi. Autrement dit, nous avons à vivre, à vivre pleinement de la vie de Dieu ; en Dieu.

La vie éternelle n’est pas un cadeau futur qui nous sera fait, mais c’est le salut qui nous est offert dès aujourd’hui, dans le quotidien de nos vies et dont nous devons vivre .

« Je suis la résurrection et la vie. » Nous avons là des paroles d’or, de sagesse et d’espérance, laissons-les descendre dans notre cœur pour que comme Lazare, Dieu ressuscite la vie en nous quand notre foi est malade ou fragilisée. Quelques jours avant la fin de l’œuvre terrestre du Christ, Son entrée triomphale à Jérusalem projette une lumière sur le mystère de Sa Personne divine et humaine.

Hier ; Il ressuscitait Son ami Lazare en annonce de Sa propre mort et de Sa propre résurrection. Or devant la mort de Lazare Jésus pleura et cela doit être compris comme ceci : face à la mort de Lazare, le Christ pleure à travers sa nature humaine et aussi incroyable que cela puisse paraître, c’est Dieu Lui-même qui pleure en la personne de Son Fils.

A la mort de Lazare, il y a les larmes de Dieu sur terre ; au Golgotha il y aura le sang de Dieu sur la Croix.

Mais Jésus entre glorieusement à Jérusalem ; et avec les disciples et la foule qui l’acclament c’est en réalité la joie de l’humanité entière qui s’exprime. Le Christ ; Lui ; reste silencieux. Il ne prononce aucune parole, ne manifeste aucun signe pour s’associer à cette liesse générale ; car en réalité l’âme humaine du Christ est ailleurs.

Quelques versets plus loin dans l’Evangile, et une fois passée la joie de l’entrée à Jérusalem ; le Christ dira à Son Père : « Mon âme est triste à en mourir » ... C’est-à-dire que toute la nature humaine de Jésus est saisie par l’angoisse de la mort imminente ; car Il savait dès Son entrée à Jérusalem que Sa mort était proche.

Le Fils de Dieu ; à travers Son humanité mais dans Sa personne divine sait qu’Il va affronter, subir mais aussi triompher de la mort. « Maintenant ; dit-Il ; voici venue l’heure où doit être glorifié le fils de l’Homme. En Vérité je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt il portera beaucoup de fruits. » (St Jean XII-24).

Pourtant en ce jour des Rameaux et aujourd’hui encore, les pensées des hommes ne sont pas encore celles de Dieu... La foule et les disciples ne voient que l’accomplissement des prophéties en Jésus : « Béni soit Celui qui vient au Nom du Seigneur ! »

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Celui qui vient est le Messie, le nouveau roi attendu depuis David pour établir la puissance d’Israël sur terre. Il vient, monté sur un ânon ainsi que l’avaient annoncé les prophéties « Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie fille de Jérusalem ! Voici que ton roi vient : il est juste et miséricordieux, humble et monté sur un ânon. Il proclamera la paix pour les nations ; Sa domination ira jusqu’aux extrémités de la terre ! » (Zacharie IX, 9-10).

Mais sur le plan de la seule humanité de Jésus, ces prophéties n’étaient pas faciles à accepter pour tous... Le Christ dérangeait les pharisiens dans leur fétichisme de la Loi et leur hypocrisie tout comme Il inquiétait les sadducéens qui trouvaient leur compte sous l’occupation romaine. Et pourtant, en Jésus et par Jésus l’Ecriture s’accomplissait de façon de plus en plus évidente. Jésus se révélait aussi bien dans Son humanité que dans Sa nature et Sa personne divines. Au jour de l’Entrée dans Jérusalem, l’incompréhension se fait totale : Le Christ sait que la gloire apparente qu’on lui prête ne fait qu’annoncer les souffrances du jardin de Gethsémani et du Golgotha. Maintenant Il va souffrir indiciblement en Son âme, mais ces souffrances seront bien celles du Fils de Dieu qui arrive à en supplier Son Père : « Si cette coupe pouvait passer loin de Moi... Mais pas Ma volonté ; mais la Tienne ». Aux Rameaux ; Jésus sait que l’heure est venue d’accomplir en tout la volonté du Père. Mais Il sait que le Père Le ressuscitera par la puissance de l’Esprit et Il en prévient même les disciples : « Vous pleurerez et vous vous lamenterez, mais Je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie et votre joie, nul ne vous l’enlèvera ».

C’est pourquoi réjouissons-nous aujourd’hui, comme les disciples et avec plus de discernement que la foule de l’époque, crions notre joie ! En nous réjouissant de la sorte, nous proclamons le triomphe du Fils de Dieu, véritablement Dieu et véritablement homme, qui nous annonce la venue de Sa Résurrection glorieuse ; et par elle la chute et l’écrasement de Satan ; et donc l’anéantissement définitif de la mort !

Notre joie tient dans notre foi en un Seigneur mort et ressuscité pour notre salut, pour nous rendre tous participants de Sa vie et de sa nature divine !

Paris, le 11 avril 2020.

Higoumène Elisée, recteur de la paroisse de la Trinité (crypte de la cathédrale)

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