Précisions sur l’indépendance de l’Archevêché survenue le 30 décembre 1965
A l’occasion du 70e anniversaire de la mort du père Serge Boulgakov, un colloque scientifique international sur le thème « Le père Serge Boulgakov : un père de l’Eglise moderne » s’est tenu, le samedi 28 juin 2014, au Collège des Bernardins, à Paris. » Près d’une soixantaine de personnes dont une importante délégation de la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg (Suisse), conduite par son recteur, le père Guido VERGAUWEN, ont participé à cette journée d’études. Organisé conjointement par le Collège des Bernardins, l’ACER-MJO, les Editeurs Réunis, les revues Vestnik RXD et Le Messager Orthodoxe, en partenariat avec le site d’information Orthodoxie.com, le colloque avait pour objectif de rappeler l’apport de celui qui demeure l’un des principaux artisans du renouveau philosophique et religieux en Russie au début du XXe siècle et l’un des grand théologiens orthodoxes contemporains.
Né en Russie en 1871, le père Serge Boulgakov fut l’un des fondateurs de l’Institut de théologie Saint-Serge, à Paris, en 1924/1925, et le premier doyen de cet Institut jusqu’à sa mort survenue le 13 juillet 1944. Il était membre du clergé de l’archevêché et prêtre titulaire à la paroisse Saint-Serge.
Quatre grand thèmes avaient été retenus par les organisateurs du colloque pour illustrer quelques uns des aspects les plus marquants de la vie et de l’œuvre du prêtre et théologien : «Rayonnement et réception du père Serge Boulgakov», «Le père Serge Boulgakov et le mouvement œcuménique», «Aspects théologiques de l’œuvre du père Serge», «Théologie et histoire chez le père Serge Boulgakov», à raison de deux communications par thème. Les discussions autour de ces quatre thèmes étaient modérées respectivement par M. Cyrille SOLLOGOUB, président de l’ACER-MJO, le père Christophe LEVALOIS, prêtre à la paroisse Saint-Séraphim-de-Sarov (Paris) et codirecteur de Orthodoxie.com, M. Michel STAVROU, professeur de théologie dogmatique à l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge et chercheur au CNRS, M. Daniel STRUVE, maître de conférences à l’université Paris-Diderot et membre de la rédaction de la revue Le Messager orthodoxe.
Le colloque s’est ouvert par une communication de l’Archevêque JOB de Telmessos sur «Le père Serge et l’école de Paris», communication qui a été lue en son absence, l’Archevêque JOB ayant dû se rendre à Rome pour participer à la délégation officielle qui représentait le Patriarche cuménique aux célébrations de la fête des saints apôtres Pierre-et-Paul. Dans sa communication, Mgr JOB montre comment l’Institut Saint-Serge dont on s’apprête à commémorer le 90e anniversaire est devenu un point de rencontre entre différents courants universitaires et ecclésiastiques qui ont contribué à la richesse et la particularité de «l’école théologique de Paris», tout en cherchant «le plus souvent, non pas à s’opposer mais à se compléter mutuellement». Après un rappel des grands axes de la pensée théologique du père Boulgakov, souvent présenté comme l’Origène du XXe siècle, et des controverses qu’elle a pu susciter, Mgr Job souligne que cette œuvre «originale et intéressante sur bien des points» continue de «susciter l’intérêt des chercheurs aujourd’hui qui ne cessent d’y faire d’intéressantes et stimulantes découvertes». Boulgakov «a marqué la théologie orthodoxe du XXe siècle», poursuit-il, avant d’ajouter, «plutôt que de le considérer comme un nouvel Origène ou de se demander s’il n’était pas un peu un Newman de l’Orthodoxie, ne gagnerions-nous pas tout simplement à le considérer comme un Père du XXe siècle?».
Ensuite, l’archiprêtre Dimitri SIZONENKO, représentant du Patriarcat de Moscou auprès des Institutions européenens à Bruxelles, a évoqué «Le combat du père Serge pour la vérité et la réception de son œuvre en Russie». La matinée s’est poursuivie avec trois communications : Mme Regula ZWALLEN, (Université de Fribourg) a parlé de «Thomas Carlyle comme source d’inspiration pour l’œuvre de Serge Boulgakov», M. Mike WHITTON, traducteur de l’œuvre de Boulgakov en anglais, a retracé l’engagement du père Serge Boulgakov au sein de Saint Alban and saint Sergius Fellowship, et Barbara HALLENSLEBEN, professeur de dogmatique et de théologie œcuménique (Université de Fribourg), a analysé le livre de Boulgakov La philosophie de l’économie, paru en 1912, comme «archétype de la théologie», soulignant la dimension économique du salut, car le père Boulgakov cherchait à développer une «théologie totale» capable d’englober toutes les sphères de l’activité humaine.
Dans l’après-midi, l’archiprêtre Andrew LOUTH, prêtre du diocèse de Souroge (Patriarcat de Moscou) et professeur à l’université de Durham (Grande-Bretagne), a présenté une communication sur «La sophiologie du père Serge et la tradition vivante», l’un des points dans l’œuvre de Boulgakov qui fit en son temps l’objet de vives controverses, puis l’archiprêtre Marc-Antoine COSTA DE BEAUREGARD, doyen des paroisses roumaines de France (Métropole du Patriarcat de Roumanie en Europe occidentale), a traité de «La personne tri-hypostatique chez le père Serge Boulgakov». Ensuite, M. Antoine NIVIERE, professeur à l’université de Lorraine, a présenté une lettre inédite du père Serge Boulgakov au métropolite Euloge, datée de juin 1943, tandis que M. Antoine ARJAKOVSKY, directeur de recherches au Collège des Bernardins et qui vient d’éditer en traduction française l’étude du père Boulgakov sur le livre de l’Apocalypse de Jean, a fait une communication sur «La Révélation de Jean du père Serge Boulgakov : trois theologoumena». La journée s’est achevée par quelques mots de conclusion de Mgr Eric de MOULINS-BEAUFORT, évêque auxiliaire de Paris, qui a insisté sur la place du père Boulgakov parmi les grands penseurs chrétiens du XXe siècle et sur la nécessité d’approfondir notre connaissance de son œuvre.
La veille, le 27 juin, le colloque avait été précédé par une soirée à la mémoire du père Serge Boulgakov, au siège des Editeurs Réunis, en présence d’environ quatre-vingt personnes. Après la présentation de la « biographie spirituelle du père Serge» par Mme Tatiana VICTOROFF, maître de conférences à l’université de Strasbourg, M. Nikita STRUVE, directeur des éditions YMCA-Press et de la revue Vestnik RXD, a retracé le cheminement intellectuel et spirituel du père Boulgakov, tandis que sa femme, Mme Marie STRUVE, a partagé quelques souvenirs sur le père Serge qu’elle a connu personnellement. Des extraits d’une interview spécialement enregistrée auprès du protopresbytre Boris BOBRINSKOY, doyen honorifique de l’Institut Saint-Serge, sont venus complétés ces témoignages. Dans le prolongement de ces interventions, a été diffusé un montage d’images d’archives sur la vie et l’action du père Serge Boulgakov dans l’émigration, montage réalisé à partir de films et photos d’époque par Antoine et Elim NIVIERE, Enfin, un groupe de jeunes de l’ACER a proposé une lecture croisée de textes du et sur le père Boulgakov, accompagnée de chants par un trio de voix féminines.
Professeur d’économie politique et philosophe, Serge Boulgakov (1871, Livny – 1944, Paris ), qui était issu d’une famille du clergé de Russie centrale, a suivi un long cheminement spirituel qui l’a conduit du marxisme jusqu’à la redécouverte de la foi, puis à la prêtrise, en 1918, et à la rédaction en russe d’une œuvre théologique magistrale, parfois controversée, dont la plus importante partie est aujourd’hui presque entièrement traduite en français, grâce à son ancien élève Constantin Andronikof (1916-1997), et publiée aux éditions « L’Age d’Homme ». Expulsé de Russie en 1922, le père Serge Boulgakov s’installe finalement à Paris où il devient doyen de l’Institut Saint-Serge, charge qu’il cumulera avec l’enseignement de la théologie dogmatique. C’est là que, parallèlement à son ministère pastoral, durant les vingt dernières années de sa vie, le père Serge connaît une période de fécondité remarquable. Il publie alors des centaines d’articles et, surtout, une dizaine de livres très denses qui abordent presque tous les aspects de la théologie : christologie, pneumatologie, ecclésiologie, mariologie. Dans le même temps, il participe activement à la création et au travail de réflexion de l’Action chrétienne des étudiants russes (ACER) et il s’engage résolument dans le mouvement œcuménique, notamment avec les protestant et les anglicans.