Précisions sur l’indépendance de l’Archevêché survenue le 30 décembre 1965
Mère Olga (1915-2013)
Mère Olga, supérieure du monastère Notre-Dame-de-Toute-Protection, à Bussy-en-Othe (Yonne), s’est éteinte dans le Seigneur, le dimanche 3 novembre 2013, au cours de la Divine Liturgie, à l’âge de 98 ans.
Mère Olga, dans le monde Hélène Slezkine, était née dans une famille de la noblesse russe, à Saint-Pétersbourg, le 29 octobre 1915. Elle avait quitté le Sud de Russie avec ses parents durant la guerre civile en 1920, en passant par Constantinople et la Serbie, où elle avait été élève à l’école russe de Belgrade, avant de s’installer, en 1926, à Paris, C’est là qu’elle achève ses études secondaires, puis suit des cours de droit à la Sorbonne. Ensuite elle travaille dans l’enseignement privé comme professeur de mathématique, dans une école de jeunes filles, à Paris. Bien plus tard, en 1973, elle passe une thèse de doctorat à la Sorbonne sur le penseur slavophile Ivan Kireievsky et le monastère d’Optino, et enseigne pendant quelques années la langue et la culture russes en tant que maître-assistante à l’Institut national des langues orientales (INALCO).
Avant-guerre, sa paroisse est tout d’abord celle de ses parents, la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky à Paris, où son frère ainé Michel est l’un des sous-diacres du métropolite Euloge, elle les accompagne aussi souvent à l’église Saint-Serge et fréquente activement les camps des «Vitiaz», de même que les cercles d’études bibliques et spirituelles de l’Action chrétienne des étudiants russes (ACER) ainsi que ses congrès annuels où elle côtoie les grandes figures du mouvement, les pères Serge Boulgakov, Serge Tchetverikoff, Alexandre Eltchaninoff, Dimitri Klepinine, Basile Zenkovsky et bien d’autres. De fait, toute la vie de mère Olga a été étroitement liée à l’Archevêché, dont elle a connu personnellement tous les métropolites et archevêques, depuis le métropolite Euloge jusqu’à l’archevêque Gabriel.
Son père spirituel, rencontré lors d’un congrès de l’ACER en 1931 alors qu’il n’était encore que jeune prêtre tout juste ordonné après ses études à l’Institut Saint-Serge, fut pendant de nombreuses années l’évêque Méthode (1902-1974), recteur de la paroisse du Christ-Miséricordieux à Asnières-sur-Seine de 1931 à sa mort, dont elle fut l’une des plus proches collaboratrices pendant plus de quarante ans. Elle l’assista notamment dans la rédaction de la revue de spiritualité Vetchnoié («L’Eternel») et, surtout, dans l’organisation des pèlerinages annuels diocésains en Terre Sainte, entre 1951 et 1974. Tout en restant très attachée à la cathédrale, Hélène Sleskine prend alors une part active dans la vie de la paroisse d’Asnières, non seulement lors des offices liturgiques comme lecteur mais aussi dans le cadre de l’école de catéchèse paroissiale ainsi que du service des malades et personnes âgés mis en place par l’évêque Méthode.
En 1988, Hélène Sleskine qui avait déjà secrètement prononcé ses vœux de noviciat (riasophore) auprès de l’évêque Méthode en 1964, tout en continuant à vivre dans le monde pour s’occuper de sa mère âgée, retourne en Terre Sainte pour recevoir la tonsure monastique (mantia), au couvent de Béthanie, avec le nom d’Olga. A son retour en France, sa mère étant décédée, elle se retire définitivement au monastère de Bussy-en-Othe avec lequel elle était liée depuis la fondation de cette communauté en 1946 et auprès duquel elle possédait depuis longtemps une maison. En 1992, après la disparition de l’abbesse Théodosie, elle prit la charge de la communauté et fut élevée au rang d’abbesse (hégouménia) l’année suivante par l’archevêque Serge (+ 2003).
A son initiative et sous sa direction attentive fut lancé, en 1998, le projet, au départ inconcevable pour une communauté monastique modeste et sans moyens – « personne n’y croyait sauf moi », aimait-elle à répéter – de construction d’une nouvelle et grande église pour le monastère ainsi que d’un nouveau réfectoire, suffisamment vaste pour accueillir les visiteurs et pèlerins de plus en plus nombreux. Surmontant les obstacles de toutes sortes, mère Olga sut à la fois mobiliser toutes les énergies et trouver le financement nécessaire, et finalement l’église, dédiée à la Transfiguration du Seigneur, fut achevée et solennellement consacrée en octobre 2003. Un an plus tard, sur décision de l’archevêque Gabriel et avec le plein accord de mère Olga, les reliques de saint Alexis d’Ugine qui venait d’être canonisé furent déposées dans l’église de la Transfiguration, dans un reliquaire commandé spécialement par mère Olga et réalisé selon ses indications.
Mais, surtout, durant toutes ces années, mère Olga sut donner une nouvelle impulsion à sa communauté monastique et la faire croître en recevant de nombreuses nouvelles vocations, tout en restant fidèle à l’esprit des fondatrices du monastère, mère Eudoxie (+1977) et mère Théodosie (+1992) : vie liturgique régulière centrée sur l’eucharistie, spiritualité orthodoxe vécue de façon simple et authentique, dimension internationale de la communauté, esprit d’ouverture et d’accueil de toute personne en quête d’une parole de réconfort et d’amour évangélique. Ses charismes personnels, mêlant à la fois sagesse et érudition avec un vif sens de l’humour et une complète simplicité, lui donnaient la force d’aller sans cesse de l’avant, même arrivée à un âge avancé, avec joie et confiance absolue dans le Seigneur.
Mère Olga avait récemment publié un livre de souvenirs, en russe et en français, complétant un récit de son père, Jean Slezkine, « à ses enfants », relatant l’histoire de leur famille depuis le milieu du XIXe siècle jusqu’à la Révolution russe et l’émigration.
Les funérailles de mère Olga seront célébrées, le samedi 9 novembre, dans la nouvelle église du monastère où elle sera ensuite inhumée.
Que le Seigneur accueille sa fidèle servante avec les Justes dans la lumière sans déclin de Sa Sainte Résurrection !
A.N.